Les aventures de BOBO , Prof d’EPS

 

  1er Episode:Bobo, de son vrai nom, Gaspard Théodore Velt n’est pas une blessure enfantine. Nostalgiques lecteurs de Spirou, ne croyez pas qu’il s’agisse de Bobo le bagnard du pénitencier d’Inzepoket. Bobo existe vraiment. Je ne parle pas de cet infortuné poisson en voie de disparition : le bobo khalé, ni de Bobo-Dioulasso , la ville qui réconcilie les ethnies bobo et dioula ou le bobo de Souchon dans: Allo !Maman… ou encore celui de Boby Lapointe: il a du bobo Léon…Non, je parle de Gaspard Théodore Velt, alias Bobo, professeur d’EPS muté dans un collège ordinaire de banlieue il y a 16 ans. C’est long 16 ans de banlieue… surtout quand on a rien à se reprocher!Bobo est spécialiste du sabre japonais. Mais il a toujours eu du mal à convaincre ses collègues d’en acheter une quinzaine pour faire un cycle, d’ailleurs il n’a jamais vraiment osé leur en parler et personne ne sait qu’il est fort en sabre japonais… Il faut dire que dans la région où il vit, le sabre japonais ne s’est jamais vraiment implanté. Alors Bobo se contente de puiser dans les racines de son art martial préféré toute la philosophie qui, selon lui, manque aux autres activités physiques et sportives. Sa phrase culte est celle du Maître de sabre Takano Sazaburo : »Ne gagne pas après avoir frappé, mais frappe après avoir gagné ». Au badminton il est assez fier d’avoir mis en pratique cette règle d’opposition. Mais en foot il a du mal, surtout avec ses 4èmes d’adaptation qu’il a le vendredi après midi en dernière heure. Au début de l’année il a essayé. Il avait transformé le stade en un terrain de jeu multicolore : des plots, des haies, des mini buts, des balles, des cerceaux, des fanions de toutes les couleurs…Mais à la deuxième séance les élèves n’ont pas du tout supporté le zèle de leur professeur. Il y en a même un qui lui a dit: » C’est quoi ce cirque, on n’est pas des clowns, nous on vient en sport pour s’ éclater, et les progrès en foot on s’en fout ! » Alors Bobo s’est adapté aux 4èmes d’adaptation et a renoncé…A suivre…

 

 
Suite de l’épisode (2):

 Plus par goût pour les belles tournures de phrases et les figures de style que par réelle conviction professionnelle, Bobo verse depuis quelques temps dans la prose éducative. Curieusement, son imagination le porte vers un genre peu orthodoxe et pour tout dire inattendu : l’écriture de recettes pédagogiques !

« Munissez-vous d’une classe de préférence jeune et pas trop tendre, style SEGPA ou mieux CPPN ( je sais, il est de plus en plus difficile de s’en procurer). Plongez la dans une salle peu spacieuse, sombre et qui résonne beaucoup (on en trouve facilement).Prenez ensuite une fine tranche d’APSA découpée dans une belle activité d’opposition (je vous recommande la lutte, sinon, un bon vieux rugby peut faire l’affaire).Laissez mijoter un quart d’heure sans trop intervenir. De temps en temps, ajoutez un petit jeu, ou une balle supplémentaire ou tout autre objet pouvant exciter les jeunes encore plus: épingles, foulards, trompettes… Si vous avez la chance d’avoir un petit souffre-douleur bien dodu, poussez-le adroitement sur le plus teigneux de la classe, il peut se créer une réaction en chaîne intéressante. Mettez le couvercle et portez à ébullition. Quand la pression est à son maximum, observez leurs visages, ils doivent être rouges, les yeux hagards, la bouche grimaçante avec, c’est important, un petit filet de bave aux jointures des lèvres.A ce moment là, ils sont à point. Arrêtez tout! Faites les asseoir et exigez le silence. En principe, si vous ne les avez pas retiré trop tôt, ce silence doit tarder à arriver. Le tour de main va alors consister à leur demander de détecter cinq bruits différents issus de l’environnement: ventilation, circulation, pluie, vent …S’ils ont du mal à y arriver , lancez des défis du genre: « qui est capable de… », « êtes-vous sûrs qu’il n’y a plus d’autres bruits?… ».Vous m’en direz des nouvelles! Chacun fait un effort pour aller à la rencontre du silence, tous se concentrent sur le plus petit bruissement, le moindre grincement et peu à peu le calme demandé s’installe comme par enchantement. Voilà, cette recette rapide est valable pour une trentaine d’élèves. Sans élever la voix, sans brimade ni menace, c’est une recette économique particulièrement adaptée à tous ceux qui ont une petite voix. Je vous conseille de l’accompagner d’une bonne dose de sang-froid bien frais (15, 16°) et de la servir en fin d’après-midi, si possible un vendredi . Et si vous avez la chance d’être à la veille des vacances, alors là vous êtes vraiment gâtés ! Bon appétit ».

 

A suivre…

 

Plein de bonnes résolutions Bobo mais aussi parfois plein d’illusions. C’est joli l’illusion chez un prof. Il a, l’histoire d’un instant, l’impression qu’il est utile aux élèves, qu’il rend service à la nation, qu’il a enfin trouvé des raisons de continuer…C’est ce commentaire un peu ironique qui me vint à l’esprit quand Bobo, en salle des profs, nous raconta ce qui suit:

« Figurez-vous chers collègues, que sur le chemin des vestiaires, à la fin d’une séance de boxe française, je surpris une conversation entre deux élèves:

- » Le problème c’est que je n’arrive jamais à le toucher avec mes pieds

-  A mon avis t’enchaînes pas assez tes coups 

-Au début, c’est vrai, je ne faisais que des attaques isolées en  » chassé tournant  » et il les voyait venir. Systématiquement il me laissait attaquer puis il décalait sur le côté en sortant de mon axe de déplacement . Esquive et riposte à la face : imparable ! Je me faisais chaque fois toucher.

-Oui,  j’ai bien observé tes derniers combats . Ton point faible c’est que tu ne crées pas assez d’incertitude chez l’adversaire. Je sais pas, varie tes coups au visage, au torse, aux jambes , fais des séries de coups de pieds et de coups de poings .

-T’as raison, il n’est pas assez perturbé par mes attaques. Il dispose de trop de temps pour s’organiser. Il guette mes intentions, les anticipe et hop ! je frappe dans le vide ou dans ses gants. Mais comment faire pour arriver à le surprendre ? J’ai l’impression qu’il décode tous mes projets tactiques, comme s’il les avait déjà en mémoire et.. 

-.. C’est le problème avec ces nouvelles versions de consoles PlayStation hypersophistiquées . Il te faudrait le paddle analogique : plus la pression sur le bouton est faible moins les coups sont puissants mais plus ils sont rapides. Tu l’embrouilles ! Sinon passe en Shaolin Style. C’est le délire! En appuyant sur L1 et L2 en mode Versus sa tête grossie, tu peux pas la rater : tu l’exploses !   » .

Dire que pendant quelques secondes j’ai cru que mes cours de boxe française avaient contribué à leur élargissement culturel .

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